Prendre rendez-vous sur DoctolibAmbre CAZAUDEHORE Sebastien CAZAUDEHORE

C’est une sensation étrange que beaucoup de personnes ont. Celle d’un manque, d’une coupure, d’une rupture dans leur individualité, comme si elles avaient perdu un lien à quelque chose ou qu’il manque un lien à quelque chose. Elles vont alors exprimer ce mal-être qui en découle de diverses manières « je me sens coupé de moi-même« , « je me sens déconnecté de l’Univers (ou de moi-même« ,… Evidemment, il est impossible d’être déconnecté de soi-même ou de l’Univers, mais cela ne retire en rien la validité de ce ressenti. On sent qu’il manque un lien, quelque chose qui devrait relier des parties de nous entre-elles et qui n’est pas là. Cette sensation vient effectivement d’un manque, mais dans notre inconscient collectif, dans notre philosophie occidentale en général. En réalité, nous l’avons toujours eu, même si on ne l’a pas toujours ressenti. Lorsqu’il se manifeste, c’est pas parce que nous avons perdu quelque chose soudainement, c’est parce que nous aurions eu besoin de ce lien dans notre vie et que l’on réalise soudainement qu’il n’est pas là.

Il s’agit d’un manque philosophique qui s’est immiscé dans nos vies et dans l’inconscient collectif au siècle des Lumières avec l’avènement du dualisme et du matérialisme. Dans cette conception, on considère que les réalités du corps et de l’esprit sont séparées et existent et fonctionnent relativement ou absolument indépendamment l’une de l’autre. Toute notre société s’est construite depuis sur ce principe, et depuis, les individus vivent leurs vies avec ce clivage en elles, victimes d’une amputation philosophique les laissant avec un handicape terrible et indicible, car on ne sent même pas que l’on a été amputé, on a juste l’impression que quelque chose nous manque et que cela génère un inconfort voire un certain mal-être. Dans le contexte de l’époque, c’était quelque chose de nécessaire, on se devait de faire table rase d’un passé oppressant, baigné dans l’obscurantisme liée au contrôle de la spiritualité par l’Eglise catholique, pour émerger vers un nouveau paradigme entièrement tourné vers l’avenir et une philosophie libérée des anciens carcans. Seulement voilà, aujourd’hui nous avons conservé cet même fonctionnement de pensée, alors que le contexte dans lequel il est né a disparu il y a bien longtemps. La spiritualité et tout ce qui touche à l’esprit se doit toujours d’exister en dehors du corps, l’esprit ne peut pas affecter la matière de ce corps, et le corps fonctionne indépendamment de toute considération éthérique.

Beaucoup d’autres cultures dans le monde n’ont pas fait cette bascule et ont conservé la stabilité de la trinité qui existe entre le corps, l’esprit et l’intelligence agente qui permet justement l’accès à l’imaginal, ce pont qui existe entre le corps et l’esprit pour nous permettre d’atteindre une cohésion et une cohérence totale. Cette intelligence agente n’a bien évidemment pas disparue, mais c’est le lien conscient que l’on a perdu, et surtout l’habitude de la reconnaitre en tant que partie de nous-mêmes. Alors que dans nos sociétés nous avons eu tendance à privilégier les réalités du corps, d’autres ont préféré s’orienter vers le tout esprit, plongeant dans une herméneutique complète et un rejet du corps. Ce sont deux extrêmes qui se sont éloignés de l’équilibre donné par cette trinité dans laquelle aucun des trois éléments ne devrait jamais être plus important qu’un autre. C’est ce que les guérisseurs traditionnels vont chercher à soigner : les déséquilibres qui peuvent survenir.

C’est aussi pour cela, que j’ai cette méthodologie de travail qui peut sembler un peu particulière. C’est mon principal héritage de mes années passées auprès de ces guérisseurs, à comprendre les fonctionnements et les philosophies de leurs approches : pouvoir toujours considérer ces trois éléments comme un tout, et travailler en tenant compte de cette réalité pour que les personnes puissent faire cette reconnexion d’elles-mêmes, et apprendre à la cultiver au quotidien.

Sébastien Cazaudehore