Prendre rendez-vous sur DoctolibAmbre CAZAUDEHORE Sebastien CAZAUDEHORE

Dans le post précédent intitulé « Surmonter le deuil » j’ai fait le choix de ne pas mentionner de cas de fausse couche ou d’avortement – bien qu’il s’agisse évidemment de deuil à dépasser. En effet, je souhaitais leur accorder un post à part entière. La perte d’un enfant à naître fait partie des situations de vie les plus douloureuses qu’une femme puisse rencontrer.

Il est essentiel d’intégrer pleinement qu’un enfant est passé par là et qu’il n’est pas resté est indispensable. Si cette âme n’est pas là aujourd’hui, c’est parce qu’elle n’a pas fait le choix de s’incarner et qu’elle vous a permis de prendre la première place.

Bien qu’une fausse couche ou un avortement soit aujourd’hui considéré en France comme un « évènement médical courant », dans les deux cas, cet événement reste trop souvent entourer de silence et vécu très douloureusement par la femme dont la grossesse s’est arrêtée. Les conséquences psychologiques sont encore peu abordées et trop souvent sous estimées. Or, il faut du temps pour s’en remettre, dans son corps comme dans sa tête, et chaque femme à son rythme personnel. L’entourage ne comprend pas toujours ce que traverse la personne et pense l’aider en l’encourageant à tourner la page le vite possible (ce qui est bien éloigné de ce qu’elle ressent). J’en profite pour rappeler que les fausses couches comme les avortements ne concernent pas uniquement le couple, mais aussi les enfants (déjà là ou à venir).

Apprendre à vivre et à s’apaiser après un avortement

Dans le cas d’un avortement, la femme qui a fait ce choix peut vivre des émotions multiples et se trouver tiraillée entre des sentiments contradictoires. Par exemple, elle peut d’abord éprouver du soulagement et se sentir « libérée d’un problème” puis ressentir un malaise difficile à exprimer. Le « petit vélo dans la tête » peut venir harceler par des questions telles que : “est-ce que c’était le bon choix ? J’aurais peut-être pu faire autrement ? Pourquoi me suis-je laissée influencer ? Pourquoi ai-je pris une décision si vite ?”, etc. Une impression de vide, des insomnies ou des cauchemars, de la culpabilité, de l’anxiété, des troubles de l’appétit peuvent survenir at avoir de multiples répercussions dans la vie quotidienne.

Il n’est pas anormal de se sentir mal après une IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), même des années plus tard. Heureusement, tout peut finir par s’apaiser si l’on accepte de regarder les faits avec objectivité. Toutefois, la pacification intérieure n’est possible qu’à partir du moment où ce qui a été traversé sera exprimé.
Il s’agit vraiment de s’autoriser à dire ce qui pèse sur le cœur (sa peine, ses interrogations, sa colère, son sentiment de culpabilité, etc.).

Ce temps de parole, cette mise en lumière et de vérités est nécessaire pour ouvrir un chemin d’apaisement. Car minimiser la gravité de l’IVG revient à ignorer la douleur ressentie par la personne comme de minimiser le sentiment de culpabilité dont elle tente de se libérer.

On n’oublie pas ce qui s’est passé mais on apprend à vivre avec et à s’apaiser pour vivre plus pleinement.

Un parcours jalonné d’étapes

Dans le cas d’un avortement, le parcours intérieur est souvent jalonné par plusieurs étapes, comme suit :

  1. Sortir du déni : reparler de cet avortement, de ce qui s’est passé.
  2. Accepter et exprimer ses ressentis, oser écouter la tempête émotionnelle qui grouille en soi, puis avancer sans crainte sur ce champ de bataille qui parasite peut-être d’autres domaines de sa vie.
  1. Reconnaître l’importance de l’acte commis, penser à cette vie interrompue pour pouvoir faire le deuil de cet enfant en lui redonnant sa propre place et un nom car cet embryon a existé.
  1. Se pardonner, même si cette démarche est complexe et longue : on est souvent plus intransigeant envers soi-même qu’avec les autres. C’est important car la culpabilité enferme dans le passé et dans une attitude destructrice pour soi et pour autrui.


Ces étapes qui jalonnent ce cheminement n’est pas facile, d’où l’intérêt de se faire accompagner sans hésitation.

Toutes les femmes ayant subi un avortement, même celles qui sont totalement incroyantes, assistent à une culpabilité inconsciente, par-delà toutes les justifications rationnelles ou idéologiques affichées. Un jour j’ai entendu une personne que j’accompagnais me dire : « Dans ma religion, l’avortement est interdit. J’ai commis un meurtre, c’est un péché très grave ».

Plus cette culpabilité sera combattue et refoulée, interdite d’accès à la lumière de la conscience et de la parole, plus elle risque de devenir toxique. Tout ce qui ne peut se vivre et se métaboliser se transforme en persécuteur. Il est donc préférable d’accueillir cette culpabilité, et d’accepter de souffrir un minimum, pour pouvoir s’en dégager.

Dans cette perspective, la déculpabilisation sociologique actuelle, allant dans le sens du déni, censure le tragique de l’existence. Celui-ci, empêché d’être vécu, ne peut plus être surmonté. Sous couvert d’émancipation, cela constitue une violence insidieuse supplémentaire faite aux femmes, puisqu’on leur répète : « c’est pour ton bien, pour ta liberté » sans pouvoir s’en défendre. Lorsqu’on refuse de souffrir, le “fantôme” se transforme naturellement en dépression.

Créer un rituel de guérison

Que vos croyances rejoignent les miennes ou pas, à partir du moment où la grossesse est investie, la fausse-couche est un événement qui doit être reconnu. Il y a l’idée d’un embryon, d’un fœtus et par prolongement/futurisation, d’un bébé qui a été porté. Il est donc primordial qu’il soit pleinement reconnu (que la mère soit enceinte de quelques semaines ou de plusieurs mois). De plus, les fausses couches comme les avortements sont plus mal vécues qu’auparavant car les progrès en matière d’imagerie médicales engendrent une personnalisation précoce du fœtus.

Dans les deux cas, le fait de réaliser un rituel permet d’avancer dans le processus de deuil, celui de l’enfant qui ne s’est pas incarné sur terre.

Dans l’article précédent, j’ai détaillé un exemple de rituel – « Gros plan sur une autre technique pour accompagner le processus de deuil » qui tout à fait peut être repris et personnalisé en écoutant votre cœur.

Mais vous pouvez également créer un rituel en vous laissant guider par votre âme. En troisième lieu, plus simplement, vous pouvez tout à fait vous munir d’un papier à lettre et d’un stylo pour vous soulager du poids que vous portez depuis la fausse couche ou l’avortement.

Pour avoir traversé quatre fausses couches avant de mettre au monde mon bébé, à chaque fois, j’ai pris le temps d’accueillir ma tristesse, ma colère, mon incompréhension, mon mal-être, ma blessure d’injustice comme d’abandon… avant de personnaliser mon rituel de deuil. Personnellement, j’ai écrit une lettre à chacune des âmes qui m’avait appelé et que j’avais accueilli, puis je suis allée choisir à chaque fois une fleur ou un arbre selon le cas, que je suis allée planter, en choisissant minutieusement un endroit dans la forêt (notre terre-mère). Pour ma part, le plus libérateur a été de formuler des remerciements auprès de ces petites âmes et d’être capable de prononcer des mots d’amour pour soulager ma souffrance.

Vous l’avez compris, vous êtes totalement libre de personnaliser votre rituel selon vos ressentis. Certaines personnes choisissent de réciter poème ou des extraits de textes religieux, mettre de l’encens, ajouter n’importe quel objet qui évoque cette perte.

Exemple de rituel de deuil après une fausse-couche ou une IVG

Pour ce post, j’ai choisi de vous proposer un exemple de rituel qui n’exige qu’une feuille et un stylo pour vous accompagner dans le processus du deuil après une fausse couche ou un avortement :

1.Prenez le temps de vous reconnecter à cette grossesse que vous avez vécue et pour laquelle l’âme a fait le choix de ne pas s’incarner ou pour laquelle vous avez pris la décision d’y mettre un terme pour une raison qui vous appartient. Avez-vous établi une connexion avec l’âme ?

Surtout, autorisez-vous surtout à pleurer ou crier si cela vous soulage, et retraverserez pleinement la douleur, la culpabilité, et tout ce que vous avez ressenti jusqu’ici.

2.Écrivez une lettre symbolique à cet enfant qui ne verra pas la matière. Pour ma part, à chacune de mes fausses couches, j’ai écrit une lettre principalement teintée des couleurs de la gratitude. En accord avec ma spiritualité, j’étais très reconnaissante que ces petites âmes m’aient choisie pour maman. Alors j’ai écrit une lettre et je leur ai souhaité à toutes le meilleur.

Il en va sans dire qu’il s’agit là d’être en accord avec les valeurs qui vont de pair avec votre spiritualité. Vous pouvez simplement écrire : “Je reconnais que tu es passé par mon corps et que sois parti, et j’ai décidé d’accepter cela, même si c’est encore douloureux”. Vous pouvez écrire ce que vous voulez, vous êtes la seule personne à savoir quels sont les bons mots qui raisonnent avec votre expérience. De toute façon, il n’y a pas de mauvais mots. Quels que soient votre état, il est essentiel de vous autorisez à libérer cette âme et à vous libérer.

Plusieurs dimensions entrent en jeu, alors que vous soyez sensibles à l’ésotérisme ou pas, la dimension psychique est indéniable : la projection de cet enfant a fait partie de vos pensées et à présent, il n’est plus dans votre corps. Que vous envisagiez ou non un autre enfant, il ne devra pas venir « en remplacement » de celui que vous venez de perdre.

3.Le fait de lire votre lettre à voix haute va permettre de créer un écho qui a son importance.

4.Je vous invite ensuite à brûler votre lettre tout en visualisant une représentation de l’âme qui part en même temps que la lettre se consume. Ici, je vous recommande d’insister sur votre intention de vous libérer de ce qui doit l’être (culpabilité, tristesse et autres sentiments susceptibles de s’imprimer dans le corps car tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime dans le corps).

5.C’est le moment d’imaginer une eau pure ou une lumière magnifique vous traverser en passant bien par le chakra du cœur. Prenez le temps de vous recueillir autant que nécessaire, et réservez-vous une bonne nuit de sommeil pour récupérer pleinement.

Vous pouvez réaliser le rituel de votre choix à n’importe quel moment car le temps n’existe pas et il n’est jamais trop tard pour se sentir mieux.

L’accompagnement psychologique

Avorter est tout sauf un acte anodin, même si les femmes ont pleinement conscience de leur décision, même si le choix est fait en conscience, que les choses sont claires dans leur esprit, cet acte peut parfois s’avérer traumatisant. Dans la majorité des cas, le sentiment qui reste le plus présent est la culpabilité (culpabilité d’avoir dû faire ce choix, culpabilité d’être tombée enceinte, culpabilité de ne pas avoir pu éviter cette situation, etc.).

Evidemment chaque femme est unique, ce qui veut dire que toutes ne vivent pas la suite de l’IVG de la même manière. Pour certaines, il s’agit d’un acte silencieux, désagréable et angoissant mais pas non plus traumatisant.

Il ne me semble pas possible d’estimer l’impact psychologique d’un avortement tant les profils et les situations diffèrent. Comment comparer le cas d’une jeune fille mineure enceinte après un viol avec celui d’une femme de 46 ans, enceinte par accident, maman de 3 enfants et dont le mari de 54 ans refuse un quatrième bébé ?

Au-delà d’un acte biologique, c’est avant tout toute la réalité psychique de chaque femme qui doit être prise en compte. Il est primordial de questionner les femmes sur leurs appréhensions, leurs visions de l’acte médical pour pouvoir les préparer au mieux pour la suite de leur cheminement.

Quand une femme a un désir d’enfant après une IVG, il arrive que des difficultés pour tomber enceinte apparaissent en réaction à la culpabilité ressentie, comme une punition qu’elle s’inflige à elle-même. Dans ce cas, proposer une aide est particulièrement précieuse et efficiente pour évacuer et poser des mots sur la culpabilité, la souffrance voir parfois même la honte.

Simone Veil disait : « Personne ne recourait à l’avortement de gaieté de cœur » ; même s’il peut être pratiqué librement en France, c’est dans la société que les tabous persistent. Heureusement il existe des associations et lieux d’écoutes pour accompagner les femmes autour d’une IVG.

Du côté de l’interruption spontanée de grossesse (fausse-couche), il n’existe pas en France de protocole pour l’accompagnement psychologique post fausse-couche. La prise en charge est très variable d’une structure à l’autre et il est rare qu’on propose aux femmes un soutien psychologique. Il arrive même qu’elles soient laissées à l’abandon face à leur souffrance physique et psychique. La fausse-couche concerne 1 femme sur 4 en France : des chiffres importants qui ne reflètent pas le niveau de prise en charge psychologique de cet événement traumatisant.

De plus, après une ou plusieurs fausses-couches, les femmes sont généralement plus anxieuses car elles gardent en tête ce risque et ont parfois beaucoup du mal à profiter pleinement de leur grossesse. Je suis bien placée pour le savoir car j’ai personnellement traversé quatre fausses couches avant de mettre au monde mon fils.

Pour ces raisons, je ne sais que trop bien à quel point se faire accompagner est libérateur pour mieux accepter puis dépasser cette épreuve.

Aujourd’hui je suis une heureuse maman d’un bébé de 16 mois, et en tant que praticienne psychocorporelle, j’accompagne désormais de nombreuses femmes (en hypnose ou via d’autres techniques), pour les aider à surmonter ce type d’épreuves, tout comme j’interviens dans la préparation d’un futur nid pour mieux accueillir l’enfant à appeler/venir, au moment juste pour chacune d’entre elles, de leur couple et/ou famille respective.

Je me tiens à votre disposition, en cabinet ou visioconférence, pour vous accompagner dans un protocole personnalisé à votre histoire.

Avec toute mon affection,

Ambre Cazaudehore

Ambre Franrenet Cazaudehore est une praticienne psychocorporelle, née le 23 avril 1979. Elle a écrit plusieurs livres et donné des conférences et formations en développement personnel. Elle partage son temps entre ses consultations en région parisienne et à Montauban. Mère d’un petit garçon et belle-mère de deux adolescentes, elle anime régulièrement des stages pour favoriser l’autonomie et la pleine conscience.