Prendre rendez-vous sur DoctolibAmbre CAZAUDEHORE Sebastien CAZAUDEHORE

La psychogénéalogie se penche systématiquement sur tout ce que l’on a hérité dans un cadre transgénérationnel, sur toutes les histoires que nos aïeux nous ont léguées. Très souvent on serait tenté d’arguer que ces histoires ne nous appartiennent pas et qu’elles ne devraient pas pouvoir nous affecter aussi profondément, mais ce n’est pas tout à fait exact. Ces histoires nous appartiennent bien dans le sens où elles s’intègrent dans notre empreinte de naissance. Lorsqu’un événement particulièrement impactant affecte l’un de nos ancêtres, c’est-à-dire qu’il va mettre sa survie en danger à un instant de son existence, le cerveau va créer une mémoire de cette expérience et enregistrer le contexte dans lequel s’est déroulé cet événement. L’intérêt de faire cela pour le cerveau est de réussir à comprendre la nature exacte de cet événement pour pouvoir prévoir ses occurrences futures et réagir de la manière la plus adaptée. Un exemple simple pour illustrer cela serait de dire que lorsque vous étiez enfant, si vous avez un jour touché un plat qui sortait du four, c’était certainement la dernière fois que vous le faisiez. Le cerveau va instantanément enregistrer le contexte de la situation : plat posé sur la table + plat sorti du four + la personne qui le tient avec des gants +… et le lien est créé, ainsi que la mémoire adéquate permettant la mise en place d’un comportement spécifique.

Seulement voilà, dans certains cas, les événements sont bien plus complexes que ce simple exemple, spécialement lorsqu’il s’agit d’histoires de vie, et la personne n’est pas toujours capable d’apporter une compréhension consciente à l’événement en question, particulièrement lorsque d’autres personnes sont impliquées. Le cerveau lui, arrivera toujours à créer un lien, mais il va le faire en fonction du contexte qu’il aura déterminé être important, que cela semble consciemment logique ou pas. Il va lier les éléments et indices à disposition pour créer un raccourci[1] (voir l’article précédent sur le sujet). C’est ce raccourci qui va servir de base au cerveau pour tenter d’identifier une nouvelle occurrence de l’événement, ou quelque chose qui pourrait y ressembler. Mais il arrive que l’événement en question soit tellement incompréhensible, que la personne n’arrive pas trouver du sens. Le raccourci existera bien, mais pas le lien conscient qui permettrait d’y ajouter du sens, de la compréhension et finalement d’arriver à tourner la page. Lorsqu’un tel chapitre n’est pas refermé, il pourra finir malgré tout à n’être plus qu’une mémoire refoulée de plus dans l’inconscient. Evidemment, cela veut dire que même hors du champ de la conscience, cette mémoire sera toujours présente et active dans la vie de la personne.

Lorsqu’il y a une nouvelle naissance, elle se fait dans un contexte spécifique déterminé par le cadre familial… ainsi que leurs histoires et leurs mémoires conscientes et inconscientes actives. C’est ce que l’on appelle l’empreinte de naissance, celle qui va définir les « cartes » qui nous seront distribuées et avec lesquelles nous allons devoir composer toute notre vie. Bien évidemment, les événements qui se sont déroulés directement dans la zone de l’empreinte[2], ainsi que les mémoires qui étaient particulièrement actives durant cette période qui seront les plus impactantes pour l’individu, allant même jusqu’à définir certains traits de caractère, des peurs, des sensibilités particulières,… et surtout nos croyances[3]. C’est ce qui va expliquer que l’on puisse avoir certaines peurs exacerbées par exemple, ou que l’on ait de comportements qui semblent être excessifs sans qu’il n’y ait de corrélations apparentes avec des événements dans notre biographie personnelle.

Ce qui sera le plus problématique tient au fait que le cerveau, lorsqu’il est en possession d’une de ces « cartes » définissant son individualité, cherchera toujours à tourner cette fameuse page qui ne s’est pas tournée. Il voudra trouver une solution fonctionnelle qui lui permettrait d’intégrer un comportement réactionnel efficace si un événement similaire venait à se représenter. Et comme toujours pour ce genre de choses, la meilleure méthode est encore l’expérimentation directe. Donc nous allons inconsciemment nous attirer ou replonger dans des expériences qui seront similaires à ces informations héritées qui nous posent problème, et des situations de vie vont se répéter, nous allons rejouer les scènes de ce qui a pu affecter la survie de nos aïeux et qu’ils n’ont pas été capables de solutionner efficacement. Pour faire simple, ils nous ont passé une patate chaude inconsciente dans l’espoir que l’on trouve cette fameuse solution là où ils ont échoué. Le travail en transgénérationnel est justement ce qui va permettre de remettre de la lumière et de la compréhension sur ces éléments, pour permettre de refermer ces différents chapitres. Il n’y a pas forcément besoin de savoir ce qui a pu se passer exactement, mais simplement de comprendre qu’il est possible de rendre ces responsabilités. Ces événements nous appartiennent, de même que ces histoires font partie de la nôtre, et ils ne disparaitront pas quoi que l’on fasse, cependant, il est possible de les intégrer de telle manière à ce qu’ils redeviennent inactifs chez la personne qui en a hérité.

Sébastien Cazaudehore


[1]Voir l’article sur les raccourcis pour mieux comprendre ce fonctionnement.

[2] Ce sont les 27 mois de l’empreinte de naissance : 9 mois avant conception, les 9 mois de grossesse, et les 9 premiers mois de vie, qui vont établir ce contexte transgénérationnel et biographique. C’est notamment ce qui explique l’importance que peut revêtir ces 9 mois avant conception puisqu’ils seront déterminants dans l’état d’esprit même des parents qui s’apprêtent à concevoir un enfant (consciemment ou pas).

[3] Voir l’article sur le sujet : La structuration des croyances.